Lait caillé et pommes de terres sautées

Sürmìlich ùnn Grùmbeere

J’ai eu comme une petite étincelle dans ma tête : je me suis soudain souvenue de ce plat simple que ma grand-mère paternelle aimait manger le soir.

C’était un plat aimé de la petite paysannerie, simple, rustique et composé de deux ingrédients à portée de main : les pommes de terre et le lait.

lait caillé pommes de terre
Lait caillé et pommes de terre dits « Sürmìlich ùnn Grùmbeere »

Chaque petit agriculteur de mon village, généralement également bucheron ou ouvrier, plantait son champ de pommes de terre et avait au moins une ou deux vaches.

J’eus envie de retrouver cette saveur d’enfance, que je ne mangeais pas souvent, car les enfants regardaient les aînés s’en délecter. Et pour un enfant, l’association lait-pommes de terre n’est pas des plus euphorisantes.

Et pourtant, la cuillerée de pommes de terre chaude, qui vient prendre un peu de lait avant d’être portée en bouche, est un mariage intéressant.

Lorsque ma grand-mère n’avait pas de lait caillé, elle prenait du lait frais froid, ce qui est un peu moins intéressant car il n’y a pas la note acide qu’apporte le lait caillé.

Pour faire cailler le lait, il fallait de la patience. Il en fallait plus en hiver qu’en été, car la chaleur fait cailler le lait plus vite. On pouvait aussi utiliser de la présure pour faire cailler vite le lait, mais cet ingrédient était rare (la plante sauvage Gaillet jaune ou blanc, dite Kaskrittel, pouvait la remplacer).

La vie inscrivait aisément ce rythme de prélever du lait entier fraîchement trait chaque jour, de l’entreposer à température moyenne dans une cruche ou un pot-au-lait (en poterie de Betschdorf ou de Soufflenheim).

La crème était prélevée au fur et à mesure qu’elle se déposait en surface. Au bout de quelques jours le lait caillait. On l’entreposait alors au frais pour s’en servir au fur et à mesure.

S’il était destiné à devenir fromage blanc, il se retrouvait dans un tamis doublé d’un linge blanc pour s’égoutter lentement et devenir Bibbeleskas (du fromage blanc qui sera parfumé à l’ail, aux oignons et à la ciboulette, et servi avec des pommes de terre rôties ou en robe des champs).

Pour les pommes de terre, l’alliance qui me semble la plus heureuse est celle avec les pommes de terre détaillées en dés ou autres forme, sautées crues, à l’huile, au beurre ou au saindoux, ou en mélangeant deux corps gras.

Le lait caillé est, à mon goût, la meilleure alternative d’accompagnement.

Un yaourt brassé à la façon grecque ou bulgare, éventuellement délayé d’un peu de lait, -voire additionné de quelques gouttes de jus de citron- donnera aussi un bon résultat si l’on n’a pas de lait caillé.

Les pommes de terre à l’eau conviennent aussi, comme celles en robe des champs. Mais les Gebradelte (les pommes sautées) sont, d’après moi, l’association la plus heureuse

lait caillé pommes de terre
Lait caillé et pommes de terre : à manger à la cuillère en inondant les pommes de terre chaudes de lit caillé froid

pour 4 personnes

 
  • 1 litre de lait caillé
  • une douzaine de pommes de terre moyennes rôties, ou cuites à l’eau ou en robe des champs
  • sel 

Lorsque les pommes de terre sont prêtes, servez-les chaudes sur  assiette.

Disposez pour chaque personne un bol contenant le lait caillé froid  (éventuellement salé). 

Ce plat du soir se mange avec une cuiullère, comme la soupe. Prélevez avec la cuillère une portion de pommes de terre chaude, trempez la cuillerée dans le lait caillé froid pour les en inonder et portez à la bouche.

Ce plat rural ne nécessitait aucun accompagnement de boisson/ 

Il arrivait que ma grand-mère boive, avant d’aller au lit, un bol de chicorée ou de tisane à la menthe.

lait caillé pommes de terre
Les pommes de terre dans dans l’assiette, le lait caillé dans un bol

Je pensais pas que ce petit repas si simple allait déclencher tant de réactions chez vous : vous avez nombreuses et nombreux à m’écrire pour me faire part de vos souvenirs liés à ce repas de la ruralité et aussi pour faire part de votre façon de déguster ce plat : avec du lait cru, du lait caillé, du lait provenant de la ferme et encore tiède, avec un peu de ciboulette, en Pologne avec de l’aneth et des lardons, et même avec du café au lait. Parfois même vous le dégustiez au…petit-déjeuner.

Agnès Gollentz Weibel : quel souvenir d’enfance ! Le pot à lait en terre où caillait le lait, le goût aigrelet sur les pommes de terre rissolées, ma maman en faisait une fois par semaine, repas frugal mais rempli de souvenirs. J’y pense souvent, mais e n’en ai jamais fait aux miens, ils n’aimeraient pas…

Denis Muller : Pommes de terre rôties dans la cocotte « le Creuset » de ma mère, qui ne servait qu’à çà et qui n’était jamais lavée, juste essuyée avec du papier, j’ai connu ce repas surtout le soir en été avec le lait caillé bien frais, un régal.

Astride Heim Encore une madeleine de Proust. Et effectivement lait en provenance direct de la ferme.

Patricia Chardonneau : En Bretagne, c’était Lait Ribot (caillé) et galettes de sarrazin et pour moi ce sont les bons souvenirs de la petite enfance, des vacances chez l’arrière grand mamie

Barbara Kotalska : je connais bien sûr le lait caillé et les pommes de terre nouvelles, avec des lardons ou sans, parsemées d’aneth. Au déjeuner, plus qu’au dîner. Qui se mange plutôt froid, en Pologne.

Danielle Camus Barbara Kotalska : Lait Ribot en Bretagne, avec des pommes de terre, ou bien avec des crêpes de blé noir. J’en ai tout le temps dans mon frigo

Barbara Kotalska : En Pologne on a le lait caillé et le sarrasin en commun sauf qu’en Pologne on mange le sarrasin sous la forme de semoule. Seul, avec des lardons, de la viande en sauce….Ou avec du lait frais.

Danielle Camus Barbara Kotalska : As-tu goûté le kig ha farz ? C’est une potée, viande (lard et jarret de porc) et far à base de sarrasin, une sorte de pudding, cuit dans un sac dans la soupe de la potée, il est possible ensuite de couper ce far en tranche ou de l’émietter comme une sorte de semoule. C’est excellent.

Beatrice Maechling : Humm trop bon, mes grands-parents mangeaient ça tous les soirs, moi quand je trouve du lait cru je m’en fais également de la Sűrmilich, j’adore 😋

Doris Weiss : Toujours d’actualité. Quand il y’a un reste de Gebradelti le soir je réchauffe avec du lait bien froid : c’est unique. Une pensée à Mamema 💖

Astrid Tschirret : C’était aussi un repas chez nous, mais avec du lait pour nous les enfants.

Marie-bernadette Vogel : C’était mon repas d’hier, pommes de terre rôties et lait chaud, pas de Sürmilch, hummm un délice !

Yolande Deckert : Moi ma mamema me donnait du lait car je n’aimais pas le caillé…

Christiane Weller : Avec ma maman au petit-déjeuner on se régalait avec du lait bien froid et les pommes de terre rôties

Monique Schell : Je mangeais ce repas régulièrement le soir avec mes parents et grands-parents, mais avec du lait frais et tiède, lait des vaches de NOTRE propre exploitation… C’était trop bon !

Marie-Claude Marx : On m’a toujours dit que, pendant la guerre, mon arrière grand mère mangeait ce plat tous les soirs. Je crois qu’elle se régalait avec ces produits simples.

Cathy Isenschmid : Oh mais quelle bonne idée!!! j’avais oublié cette recette de mamema ! combien de fois , enfant, j’ai pressé des torchons de lait caillé !!! merci ❤

Carine Diss : C’était le menu du mardi soir quand je mangeais chez mes grands-parents maternels

Eric Jost : Oui moi aussi j adorais ce repas avec du lait frais c simple mais très bon

Christiane Colin : J’adore ça, il y en avait souvent au menu et aussi le fromage frais maison

Fabienne Baas : Oui avec du bibeleskaes chez nous et de la ciboulette ou du persil haché sur les pommes de terre

Suzanne Colin Christiane Colin  : le « vrai Bibeleskaess » avec des grumeaux comme le faisait ta Grand-Mère Anna Weber née Anstett ……

Suzanne Colin : oui… avec lequel on faisait le mélange pour le « Fierbrieli » à ITTNE (Ittenheim)…

Isabelle Capy : Ma grand-mère le faisait aussi avec un peu de ciboulette pour agrémenter le tout.

Dominique Eschenbrenner : Ma grand mère se cuisinait ça souvent… délicieux… Ça m’arrive d’en faire quand j’ai du lait cru….

Isabelle Hauber-Landry : J’adore. Souvent quand il me reste des patates sautées, j’en mange.

Claudine Lorrynan : en Lorraine…pommes sautées et fromage blanc assaisonné ! J’adore…et il m’arrive encore d’en faire. J’ai même réussi à convertir ma fille !!!

Brigitte Weinert : Maman le faisait 1 fois par semaine. C’était trop bon.

Françoise Gueben : En Belgique aussi nous en mangions, notamment dans les Ardennes 😉

Gavazzi Philippe : Pommes de terre sautées et café au lait …repas du soir.

Esther Alain Caspar : J’aimais manger la Suermelich accompagnées de pommes de terre sautées avec mon papa…. 💞

Héloïse Neubrand : J’adorais ce repas du soir, mais avec du lait frais direct de l’exploitation agricole donc encore tiède 👍

Gavazzi Philippe : Pommes de terre sautées et café au lait …… en repas du soir..

Sol MW : bizarre, j’y pensais hier. Je voulais me préparer cela comme repas du soir juste comme pour me réfugier en arrière, pour oublier la dure réalité.

Merci pour vos témoignages ! Merci pour vos souvenirs. La nostalgie est positive : ce mot contient dans son étymologie le mot « retour ». Quoi de plus beau qu’un retour vers l’enfant que nous n’avons jamais cessé d’être ?

lait caillé pommes de terre
Lait caillé et pommes de terre dits Sürmìlich ùnn Grùmbeere
print