Prévert en alsacien couverture

Prévert en alsacien

Extrait de la préface du livre  Prévert en alsacien  (La Nuée Bleue)

Illustration de couverture : Lul

Dans le foisonnement des langues de la planète, l’alsacien – langue des poètes, langue des conteurs – se prête admirablement à la restitution, à l’embellissement du petit monde merveilleux de Jacques Prévert.

Cette “fusion” fut rendue possible par Raymond Matzen. Le Directeur honoraire de la Chaire de Dialectologie à l’Université de Strasbourg m’a prodiguée ses conseils, m’a parfois affectueusement fustigée afin que chaque mot sonne juste. Il m’a également aidée à transposer cette poésie dans le dialecte strasbourgeois, et non celui de la campagne qui est le mien. Car il voltige à l’évidence dans la poésie de Prévert de la gouaille citadine.

Ma rencontre avec Prévert fut assez tardive, même si dans ma tête trottaient depuis l’enfance quelques poèmes mis en chanson comme “En sortant de l’école”, “Les enfants qui s’aiment”. Ou même si dans l’adolescence des titres de films comme “Les visiteurs du soir” ou “Les portes de la nuit” s’étaient incrustés dans ma mémoire.

Prévert ne figurait pas au programme du bac, et je ne l’ai rencontré qu’à 20 ans en feuilletant au hasard dans une librairie le recueil “la pluie et le beau temps”. Je fus séduite par cette poésie débordante de vie, de rires et de grincements de dent. Poésie d’un abord si facile, simple et néanmoins subtile. J’aimais sa fraîcheur libertaire, ses mots qui savent être à la fois doux et assassins, drôles et féroces.

Dans l’immensité de l’oeuvre de Prévert, j’ai fait un choix subjectif : les poèmes que je préférais et surtout ceux qui pouvaient se mouler dans la langue alsacienne tout en gardant une musicalité. Voilà donc un panachage de ses poèmes comme il n’en existait jusqu’à présent dans aucun recueil. Quarante-six poèmes, présentant en vis-à-vis le texte original français et sa traduction en dialecte, composent le plus bel hommage de la culture alsacienne à ce maître des univers enchantés.

Si j’aime autant Prévert, c’est aussi parce qu’il ressemble à mon père. Ils ne sont plus de ce monde. Mon père sculptait le bois comme Prévert ciselait les phrases. Ils ne se sont jamais connus. Mais peut-être que derrière “les portes de la nuit” ils tiennent ces joyeux conciliabules propres aux cœurs purs.

Extrait du poème
LES ENFANTS QUI S’AIMENT

D’Kinder wo sich lieb han

D’Kinder wo sich lieb han schmüse ufrecht
Angelehnt an de Deere vun de Nacht
Un d’Füessgänger wo verbigehn dite uf sie
Awwer d’Kinder wo sich lieb han
Sinn fer niemes do
Es isch numme ihre Schatte
Wo in de Nacht zittert
Un wo in de Füessgänger ihre Wuet ufpeitscht

La Nuée Bleue

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Simone Morgenthaler © 2015

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