Ernest s’en est allé un 5 juillet

C’est comme si les âmes nous rappelaient à leur bon souvenir. Cette photo s’est glissée dans mes mains aujourd’hui. Et soudain j’ai réalisé que ce 5 juillet correspondait à la date où Ernest Wieser, le joyeux chef de cuisine, animateur hors pair, s’en est allé. C’était en 2013.

Je regarde cette photo et je me souviens de notre fou rire comme si cette photo fut faite hier. Elle fut prise pour la promotion du livre “Les meilleures recettes d’Alsace”. Le livre allait bientôt sortir à La Nuée Bleue. Il contenait les recettes qui furent réalisées dans l’émission télévisée Kichespring que je présentais durant trois ans avec Ernest Wieser et avec le conteur Louis Fortmann qui tenait sa boulangerie rue Saint-Louis à Strasbourg (c’est lui qui débouche le vin sur la photo).

La qualité de la photo n’est pas parfaite. Il s’agit d’une coupure de journal. La photo d’origine, en couleurs, fut prise par Marcel Ehrhard en son studio installé dans l’ancien cinéma de Koenigshoffen.

Pour réaliser ce beau kugelhopf, Ernest a utilisé un vieux moule de ma grand-mère dont nous aimions l’originalité des cannelures vrillées. Ce moule, qui n’avait plus servi depuis des décennies, avait une légère fente. Il a résisté à la cuisson. Ernest l’avait enduit de saindoux afin qu’il se démoule bien, ce qui a donné un excellent croustillant au gâteau. Depuis lors je n’ai plus utilisé ce moule et je le conserve précieusement au haut du buffet de cuisine.

Après la prise de vue, nous avons dégusté ce délicieux kugelhopf. Marcel Ehrhard, excellent connaisseur en vins, a débouché une bonne bouteille (si mes souvenirs sont bons, un gewurztraminer du domaine Einhart à Rosenwiller). Et nous avons trinqué en espérant que ce livre culinaire (qui était mon premier !) aurait du succès.

La photo fut prise durant l’été 1992. La parution du livre était prévue pour septembre de la même année. Nous étions loin de nous douter de l’engouement du public pour ce livre. Nous avons rencontré les lecteurs dans de nombreuses librairies, du Bas-Rhin comme du Haut-Rhin. C’était bouleversant de voir l’affluence suscitée et de recevoir ces masses d’affection auxquelles nous n’étions pas préparés.

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Simone Morgenthaler © 2015

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