La cueillette des figues Paul-Edouard Rossert -Granger Ecole française du XIXe siècle Muée Granet Aix-en-Provence

Mon figuier et moi

Du figuier,  j’aime tout : ses feuilles, ses fruits, son parfum.

Fragment du tableau “La cueillette des figues” de Paul-Édouard Rosset-Granger,  École française du XIXe siècle, Musée Granet, Aix-en-Provence

Longtemps je pensais que cet arbre ne pouvait s’épanouir qu’en terre méridionale.

Et,  dans les années 80,  je vis qu’une amie, Anne Muller, en avait un merveilleux qui poussait  à Saint-Hippolyte (dans le Haut-Rhin), et qui donnait des fruits à profusion.

Quel plaisir de saisir une figue à l’arbre et de la manger de suite, froide,  ou chaude si le soleil l’a chauffée de ses rayons !

Le figuier d’Anne était protégé du vent. Il était contre un mur qui réverbérait la chaleur.

Cela semblait si simple de faire pousser un figuier.

J’allais moi aussi en planter un.

Il fallait que j’accède à ce bonheur.

A la mort de Maman, j’ai ensemencé  une partie du potager en herbe car je ne parvenais plus à l’entretenir.

C’est sur ce pré carré que j’ai planté le figuier, me disant qu’il aurait un regard vers la forêt et que cela lui lui plairait.

Je crois qu’il n’aimait guère mon initiative et qu’il aurait préféré être planté contre un mur.

J’avais pourtant veillé à acheter une variété qui s’acclimate en Alsace. Le vendeur m’avait garanti que les fruits muriraient.

Il n’en fut rien. Il faut parfois se méfier des promesses de jardinier.

Mon figuier donne des fruits à profusion mais…pas un seul n’arrive à maturité.

En octobre, ils ont la taille de billes,  vertes et dures. Et qui vont le rester.

Beauté des figues à maturité, qu’elles soient blanches ou bleues. Ici celles du figuier d’Annie Maire à Ostwald  © S. Morgenthaler

A partir de novembre, les feuilles du figuier jaunissent et tombent de l’arbre. Ce qui est normal car elles sont caduques : elles disparaissent à  l’automne pour renaître au printemps.

Les branches arborent alors leurs billes vertes qui, au premier givre, roulent dans l’herbe.

Sans doute imaginez-vous que cette promesse non tenue du jardinier me contrarie au plus haut point.

Non, même pas.  Cela fait 22 ans que je sais que mon figuier est dans son entêtement programmé. Je m’y suis habituée.

Mieux : je ne l’en aime que plus.

C’est un figuier retors.

N’empêche qu’il a bien grandi,  il distille une belle ombre. Et ses feuilles diffusent un parfum fort lorsque le soleil les écrase de ses rayons.

L’étiquette nouée autour de son pied lau moment de l’achat s’est désagrégée et je ne sais plus le nom de la variété de figues qu’il devrait me donner.

Beauté des  feuilles du figuier : elles sont palmées  avec 3 à 5 lobes séparés. Elles sont aussi caduques (c’est-à-dire qu’elles tombent à l’automne), rugueuses et  finement velues. © S.Morgenthaler

Pour rêver et vous faire rêver , je vous livre quelques noms de variétés existantes :

– la figue de Versailles (ou Blanche d’Argenteuil)
– la Col de Dame du Roussillon
– la Grise de Saint-Jean (ou Cotignane, observentine, celestine, courourelle grise)
– la Longue d’Août (ou Jérusalem), la Pastilière (ou Hirta du Japon our Rouge de Bordeaux)
– l’Abicou ou aubique, ou violette longue, ou figue poire
– la Bellone (souvent présente en région niçoise)
– la Sultane ou Grosse de Juillet ou Figue d’Or)

Les figues du jardin d’Annie Maire : il suffit de tendre la main © S. Morgenthaler

Mais alors, d’où proviennent les figues qui sont sur la photo qui  semblent bien mûres, et qui le furent  (car je les ai mangées) ?Elles sont du figuier d’une autre amie qui vit en Alsace.

De passage chez elle, j’ai noté que son figuier portait des fruits. Je l’ai noté de loin car je finis par avoir l’oeil acéré pour le détecter.

– Elles murissent tes figues ?
– Oui pourquoi ? me demanda t’elle étonnée
– Parce que mon figuier ne m’a jamais donné une figue mûre en 22 ans.

Il s’est peut-être aligné sur mon entêtement.

On dit bien que humains et animaux font du mimétisme. Cela peut aussi être vrai entre les humains et le monde végétal.

La technique à appliquer est donc que je lâche du lest côté entêtement.

Le figuier fera de même et, ainsi, l’an prochain,  je pourrai vous montrer mes clayettes remplies de figues mûres.

J’anticipe et je m’emballe trop vite.

Madame rêve. Oui. Et elle adore ça.

Belle saison des figues !

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Simone Morgenthaler © 2015

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