Le canard dans la mémoire populaire d’Alsace

Le canard dans les dictons

 

Canard colvert © ravi-singh-80155-unsplash

Le canard est présent dans la mémoire populaire d’Alsace, qu’il soit sauvage ou domestique.

C’est si beau un canard sauvage. Il est nommé Stockent dans ma langue maternelle.

Le colvert mâle (comme celui sur la photo) affiche des plumes aux teintes presque irréelles : vert satiné, bleu de nuit soyeux, violet profond sous les ailes.

Le canard sauvage est chassé dans la plaine et dans le Ried. Il est apprécié pour sa chair délicate.

Les canards domestiques sont élevés pour leur chair. Ils donnent d’excellents foie gras, terrines, pâtés  et ballotines.

Je me souviens des canards que nous élevions dans mon enfance : des canards de Barbarie, nommés Stùmmente, c’est-à-dire canards muets car ils ont du mal à émettre un son. Ces canards étaient noirs et dotés d’un bec rouge, ils n’étaient guère beaux. Mais ils faisaient partie du paysage de la basse-cour. Et ils nous régalaient.

On dit parfois que rien ne peut dépasser la viande de canard de Barbarie. Es gibt nix ewer e Stumment !

Dans les Vosges du Nord (région de Dossenheim, Offwiller, Weinbourg) , le canard se prépare souvent farci de châtaignes  notamment lors des repas de messti.

De quelqu’un qui a une démarche dandinante, vaguement claudicante, on dira  :

Er watschelt do here wie e Ent.

Des canards qui montrent une extrême agilité à plonger, on dira que ce sont des Düchentele,  de l’allemand  Tauchentel, (tauchen signifiant plonger).

A une jeune fille vive, active qui se plonge dans son travail, on dira :

Du bisch ‘s reinschte Düchentele

Tu es leste comme un caneton plongeur.

D’un homme fier, on dira avec ironie :

Er het e Grattel wie e Stall voll Ente

(Il est orgueilleux comme une basse cour remplie de canards)

D’une personne qui parle beaucoup, on dira que sa bouche fonctionne aussi lestement qu’une queue de canard.

Sin Mül geht wie e Entewaddel

Et souvenons-nous que l’ennemi juré du canard est le renard :

Wenn de Fuchs predigt

Soll m’r d’Ente ìnsperre

(Lorsque vous voyez le renard prêcher, enfermez vite vos canards).

Il y a l’expression française “faire un canard” pour évoquer ce morceau de sucre brièvement trempé dans un liquide, de manière à ce qu’il s’en imprègne mais n’y fonde pas.

Pour traduire l’expression en alsacien, impossible de faire référence au canard.  Il faut utiliser une phrase plus longue : e Stüeckel Zùcker in de Schnàps dùnke (tremper un morceau de sucre dans le schnaps).

“Faire un canard” pour signifier que l’on a la voix qui déraille lors d’un chant se dira simplement fàlsch sìnge (chanter faux).

Et puis il y a le “canard” dans lequel nous plongeons le nez le matin au petit-déjeuner. Ce canard-là reste simplement journal en alsacien : Zittùng.

Et pour finir ne pas oublier l’essentiel, le canard en terme affectueux, en appellation amoureuse. Inutile de traduire “mon canard” en alsacien. Ni l’homme ni la femme n’aimera être qualifié de Ent ou Ant.

Et pour finir, pour rester dans le domaine du canard en chanson, il fait bon réécouter Georges Brassens dans La cane de Jeanne.

La pauvre est morte sur son oeuf

et sur son costume tout neuf,

sans laisser de veuf.

Au gui l’an neuf.

Morbleu.

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Simone Morgenthaler © 2015

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