betteraves toussaint, Pixabay

L’origine des betteraves creusées en tête de mort et éclairées d’une bougie

En faisant paraître à la veille de la Toussaint un texte sur les traditions d’autrefois liées à cette période où l’on célèbre les morts, j’évoquais notamment les betteraves fourragères creusées en forme de crâne (Tòtekoepf), éclairées par une bougie en leur centre et posées sur les rebords de fenêtre.

Sébastien Günther,  qui est actif dans les domaines du patrimoine, de l’Histoire, et qui fait de la reconstitution archéologique d’époque mérovingienne,  a apporté des précisions intéressantes sur ma Page Facebook  démontrant que ces Rübengeister  (esprits installés dans les navets) ne relevaient pas d’un rituel celtique mais germanique.

Type de betteraves fourragères creusées en forme de tête de morts (“Tòtekoepf”) autour de la Toussaint © Image par Frauke Feind de Pixabay

Les “Rübengeister” sont connus partout en Allemagne, Autriche, Suisse, Danemark, Belgique, Flandres françaises, autrefois Alsace et Moselle, ainsi que sur les îles britanniques, écrit-il. Certains territoires donc qui n’ont jamais connu de présence celte. Mais cette coutume est inconnue sur les territoires celtes de Gaule. Au vu de la répartition géographique, il s’agit plus probablement d’une coutume germanique, importée sur les îles britanniques par les saxons, angles, jutes, frisons, danois, et partie d’Irlande vers les États-Unis, où les betteraves ont été adaptées en citrouilles. Le lien avec le Samhain celte serait donc fortuit… 

Je lui ai rétorqué que les Celtes furent pourtant présents en Alsace. Leurs rites n’auraient-ils pas pu se mêler aux rites germaniques ?

Ils étaient présents n Alsace,  aussi dans le Bade Württemberg, Suisse, Bavière, en gros le sud du Limes, précisa Sébastien Günther. Quoiqu’il faille relativiser là aussi. La notion de Gaule est une notion romaine. La Gaule ne recoupe pas géographiquement la réalité celte. Les îles britanniques en sont exclus. La Gaule Aquitaine était peuplée jusqu’à la Garonne de basques. La Gaule Belgique était au moins en partie peuplée de germains. Les Alamans, en allant vers le sud, semblent avoir perpétué leurs traditions, type de construction, organisation sociale, religion, en se mêlant peu aux populations celto-romaines résiduelles, qui se sont concentrées dans les villes. Juxtaposition, plutôt que mélange.
Et ce sont plutôt les Germains qui ont fini par assimiler ceux qui étaient restés.
Concernant la tradition des betteraves, elle est présente bien plus au nord que les zones de peuplement celtes, et absente de Gaule celtique. L’aire de répartition correspond assez bien à l’aire linguistique et culturelle germanique.
Alors oui, pourquoi pas, les germains auraient pu trouver cette tradition tellement sympa qu’ils l’auraient adoptée, mais alors pourquoi les celto-romains l’auraient ils abandonnée sur tous les territoires non germanisés ?

Sur cette carte, les cercles rouges indiquent les zones où les betteraves taillées existent ou ont existé. On se rend bien compte qu’il semble y avoir un lien avec les régions germanophones, et de son absence de l’ancienne Gaule © Carte-photo de Sébastien Günther

Depuis le 19ème, il y a une tendance à voir du “celte” derrière chaque pierre dressée, chaque cupule, chaque tradition un peu solaire ou mystérieuse, ajoute Sébastien Günther. N’oublions pas que lorsque les Alamans sont devenus très majoritaires, vers 406, les celtes étaient déjà sous influence romaine depuis 4 siècles et demi, que la caste druidique n’existait plus. On était déjà dans un syncrétisme assez avancé, avec mélange de divinités locales, romaines, voire Moyen-Orientales. Et un christianisme déjà implanté.
Les nouveaux arrivants germains ont semble-t-il vécu entre eux, fondant des fermes (devenues nos villages), évitant les villes et les villas romaines abandonnées, qu’ils n’ont pas occupées. Religieusement, ils ont continué à vénérer Wotan, Donnar, Frigg, jusqu’à leur christianisation, plus tardive que celle des francs (vers 700, donc trois siècles après leur arrivée massive). Ils se sont surtout inspirés d’objets, qu’ils ont copiés. Ceintures, ustensiles, textiles.

Merci, Sébastien Günther, pour cet apport de connaissances.

 

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Simone Morgenthaler © 2015

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