Le mot alsacien du chénopode m’a fait traverser les siècles

J’aime cette plante sauvage, au bon goût d’épinard, que l’on appelle chénopode blanc.

Plus d’un promeneur passe à côté d’elle en ignorant sa délicatesse et les richesses qu’elle contient.

Ses jeunes feuilles se mangent crues en salades. Elles peuvent être cuites à la vapeur, avec ou sans les sommités, ou revenues au beurre. Elles donnent de savoureuses quiches, des flans et des gougères. Ses graines se saupoudrent sur les mets. Séchées, puis grillées ou torréfiées, et ensuite assaisonnées de sel, elles deviennent un condiment original.

Cette délicieuse « mauvaise herbe » était cultivée dans les potagers médiévaux avant d’avoir été détrônée par l’épinard. Son goût, qui rappelle le haricot vert cru, est plus fin que celui de l‘épinard. On l’appelle aussi  “épinard sauvage” .

Son nom latin est Chenopodium album. Le mot vient du grec ancien khen, (oie), et podium (patte) en raison de la forme palmée de la feuille.

Ses feuilles sont douces au toucher et en y passant le doigt, on élimine la pruine, cette poudre de couleur blanc argenté qui couvre ses feuilles et  ses sommités.

En allemand, elle est désignée par les mots weisser Gänsefuss, ce qui signifie “patte d’oie blanche”.

Le rapport à la patte d’oie apparaît aussi dans le terme alsacien pour la désigner : Gansefüess.

Pourtant, depuis mon enfance, je n’ai jamais entendu que l’on désignait cette plante par ce nom de Gansefuess car Maman ne la nommait que par le nom Melde.

Lorsque j’ai écrit avec le chef Hubert Martz le livre La cuisine naturelle des plantes d’Alsace (La Nuée Bleue), j’ai réalisé que Hubert désignait également la plante par le terme Melde. Ce qui ne m’étonna guère car nos mères proviennent du même village (celui de Lochwiller).

Je décidais de mener des recherches pour savoir d’où venait ce mot, dans les dictionnaires ou auprès d’amis parlant l’alsacien. Sans succès.

C’est finalement le dictionnaire étymologique allemand Duden qui m’apporta la réponse.

La réponse me toucha car elle me fit voyager par les siècles et les pays.

Il y est écrit que Melde  est un mot issu du vieil allemand melda, qui vient du hollandais melde et du suédois mäll.

Le mot Melde dérive du mot mahlen, c’est-à-dire « moudre » , pour désigner le genre de plantes nommé Atriplex auquel appartient une centaine d’espèces dont le chénopode.

Maman nommait cette plante Melde, car ainsi le mot se transmet verbalement depuis des siècles, sans savoir que le nom faisait référence à l’aspect farineux (mehlig) de ses feuilles.

Ces trouvailles donnent des émotions car elles expriment la force et la beauté contenues en cette langue alsacienne, transmise par la seule voie orale depuis une quinzaine de siècles.

Il importe que nous nous battions pour que cette langue belle, plus vieille que la langue allemande, continue à fleurir.

Lors de la publication de ce texte sur ma Page Facebook, vous fûtes nombreux à réagir  en apportant vos connaissances et vos souvenirs.

Ainsi Christiane Faerber, artiste-peintre,  précisa que son arrière grand-mère nommait le chénopode  ” Hitlerkrüt ”  (l’herbe à Hitler) pour la simple raison que pendant la guerre, personne ne s’occupait des champs  car les hommes étaient  à la guerre. Ce qui laissa la place à la “Melde” qui se propagea rapidement . Son arrière-grand-mère en faisait une soupe ou une purée de légume, cuite avec des pommes de terre.

Marianne Schneider m’ rappelé que du côté de Sélestat et de Benfeld on désigne la plante sous le nom “Schissmelde” (“Scheissmelde” en allemand) pour la simple raison que cette plante, mangée en trop grande quantité par les chèvres, leur donnerait la diarrhée.

Voys fûtes nombreux à me rappeler que vous la connaissiez cette plante sous le nom “Gansefüess”  ou “Gansefiessle” (pattes d’oie).

Simone Pfeiffer précise ceci : Vous ravivez mes souvenirs. Je crois encore entendre Mamama dire : “hit gebts Meldagmies” (de la purée au chénopode).
Et c’était si bon….

Jonathan Knaus joute qu’en Vieille France on désigne le chénopode par l’expression  “chou gras”.

 

 

 

 

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Simone Morgenthaler © 2015

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