Simone coiffe Salon livre colmar 22 novembre 2009 Photo Jean Paul

Quand auteurs et lecteurs pourront-ils à nouveau se rencontrer ?

Au Salon du livre de Colmar le 22 novembre 2009 © Jean-Paul Ehrismann

Je suis tombée sur cette photo.

Elle fut faite sans que je m’en rende compte par l’artiste-aquarelliste Jean-Paul Ehrismann.

C’était le 22 novembre 2009 lors du Salon du livre de Colmar.

Je n’avais pas remarqué que “quelqu’un” m’avait photographiée ce jour-là, alors que je dédicaçais mes livres sur le stand de La Nuée Bleue.

Le livre Mon Alsace gourmande était sorti cette année-là, à l’initiative de Bernard Reumaux (que l’on devine sur la photo à l’arrière-plan), qui dirigeait alors la maison d’édition La Nuée Bleue.

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un an après la suppression, en juin 2008, de l’émission  télévisée en alsacien de France 3 Alsace,  Sür un siess.

Jean-Paul Ehrismann m’envoya la photo seulement quelques années plus tard. Ce fut une  surprise de réaliser que j’avais été photographiée sans m’en rendre compte.

En la voyant, j’ai tout de suite resitué le moment. Je reconnais à l’arrière la silhouette de Monique Ratkoff, l’épouse de l’artiste-illustrateur Georges Ratkoff. Je ne la croisais qu’au Salon de Colmar. J’avais plaisir à la retrouver, si dévouée et chaleureuse. Pendant que son mari, l’artiste-illustrateur Georges Ratkoff  dédicaçait ses livres, Monique prenait soin de moi et des lecteurs afin que les rencontres se déroulent le plus harmonieusement possible.

En tombant sur cette photo, en ce 11 mai 2020, premier jour de déconfinement, je me suis demandée quand il sera à nouveau possible pour les auteurs de se rendre dans les librairies, dans les salons littéraires pour y rencontrer les lecteurs.

La pandémie a malmené le monde. Peu de secteurs s’en sortent indemnes.

Le monde de l’édition et des livres n’y a pas échappé. Le monde de la culture est essentiel pour les humains : c’est lui qui nous apporte les plus grandes joies.

Quand les auteurs pourront-ils à nouveau rencontrer les lecteurs, comme cela se faisait  depuis toujours ? Un auteur assis à une table, qui discute avec des lecteurs : ce qui paraissait si naturel, si simple, est devenu compliqué.

Les librairies, condamnées à la fermeture durant deux mois, ouvrent à nouveau “doucement” en cette mi-mai. Chacun y va à tâtons. Et je me me réjouis de ces avancées.

J’ai toujours aimé ces rendez-vous avec vous.

Vous avez tant de choses à me raconter : vos impressions de lecture, (précieuses pour un auteur), nos liens qui se sont tissés au fil de ma présence de quarante ans dans les médias, l’émotion que vous avez à me dire qu’un père, une mère ou un proche qui me suivait à la radio ou la télé, n’est plus de ce monde.

Je revois les visages des “quadragénaires”  rappelant à ma mémoire ébahie que je leur apportais Lucky Luke et L’inspecteur Gadget dans les années 80, à la télé, lorsqu’ils étaient mômes et que, peu importe le temps qui passe, je restais “une fée” pour eux.

Je pense à ces jeunes femmes qui me disent  qu’elles ont récupéré, à la mort de leur mère ou de leur grand-mère, les livres que j’avais dédicacés à leur nom.

Nous échangeions toutes sortes d’idées et des instants rares, faits d’émotion, d’humour et d’authenticité.

Cela se passait à Wesserling, Altkirch, Wissembourg, Sarre-Union, Sélestat, Strasbourg, Saverne et ailleurs.

Depuis mon premier livre en 1989, je me rends chaque printemps, chaque automne, dans les librairies et dans les salons du livre d’Alsace.

La sortie de mon nouveau livre, D’grien Schatt, l’ombre verte (I.D. L’édition) était programmée pour la fin mars 2020. Son lancement était prévu début avril au Salon du Livre de Marlenheim. Ce salon fut annulé, comme celui de Saint-Louis qui devait se tenir les 16 et 17 mai, comme furent annulés tous mes rendez-vous programmés dans des librairies.

Il était notamment prévu, avec François Wolfermann, de vous rencontrer à la Salle Blanche de la Librairie Kléber, le samedi 25 avril à 16 h. A l’heure dite, j’étais assise… près de mon petit cerisier qui fleurissait de manière éblouissante, en silence, avec pour seule rumeur celle des abeilles euphoriques.

Je me suis demandée quand il sera possible de se revoir sans crainte et comment instaurer une discussion plaisante avec un masque, des gants et la distanciation.

Des solutions se trouveront, j’en suis sûre.

Dès à présent, il est possible de retourner dans les librairies en respectant les mesures barrières et de distanciation physique.

Nous nous verrons dès que le déconfinement le permettra.

Il n’est pas nécessaire de se voir pour apprécier un livre.

Le lien le plus fort, le plus intime est celui qui se tisse, invisible,  lorsque le lecteur entre dans un texte et l’aime jusqu’à en oublier le réel.

Mon nouveau livre  D’grien Schatt, l’ombre verte (I.D. L’édition)  sera accessible dans les librairies d’Alsace dès le 18 mai et l’est dès à présent sur le site de la maison d’édition sous ce lien.

 

 

 

 

 

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Simone Morgenthaler © 2015

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