Sür un Siess, 500 recettes d’Alsace et d’ailleurs

Ce livre fut récompensé par le « Grand Prix de l’Académie nationale de cuisine» en janvier 2007.

Pendant 13 ans, chaque samedi après-midi, de 1995 à 2008, les Alsaciens ont plébiscité « Sür un Siess », l’émission gastronomique que je produisais et que je présentais avec Hubert Maetz sur France 3 Alsace. Chaque samedi, dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace, nous prolongions cette émission par un portrait de notre invité de l’après-midi et le détail de la recette proposée.

Le succès populaire de ces émissions et de ces chroniques devait beaucoup à la complicité entre Hubert et moi, comme à l’ambiance bon enfant, naturelle, sans chichis, qui régnait dans l’émission. Mais, ce qui a permis de fidéliser tant de téléspectateurs, ce fut aussi le lien fort avec la langue maternelle. L’émission était en alsacien, elle était non sous-titrée et fédérait plus de téléspectateurs que les émissions qui la précédaient ou la suivaient. Je voulais que tous les accents d’Alsace se succèdent dans la série et que tous les métiers puissent y fleurir.

Paru en 2006, deux ans avant la suppression de la série, ce livre réunit 500 recettes, l’intégrale de dix années de « Sür un Siess » ! Recettes alsaciennes et traditionnelles, grandes recettes classiques ou exotiques, fantaisistes ou familiales : elles nous parlent d’une Alsace bien enracinée mais aussi curieuse de toutes les saveurs du monde.

L’ouvrage est illustré par 12 artistes d’art contemporain. J’ai applaudi à l’idée de Bernard Reumaux, éditeur de ce livre, de le faire illustrer par des artistes. Le projet se mit rapidement en route grâce à Jean-Marie Lang, homme aimé des artistes, qui les fédère aisément. Les 12 artistes présents dans ce livre, dont il fut le lien, le connaissaient tous car ils soutiennent son association « L’art au-delà du regard » qui a pour vocation l’accession de non-voyants et malvoyants aux émotions de la découverte de l’art, de la nature et de la culture.

Jean-Marie Lang sait combien il est important de lier l’art contemporain à un projet social car cela motive les êtres. Lauréat de la fondation Alsace, il obtint aussi le premier prix du Mécénat culturel européen car il mène une saine bataille pour développer le mécénat dont il dit que c’est la « seule issue possible pour sortir de l’égoïsme, s’ouvrir vers les autres et redonner une cohésion interne à l’entreprise ».

Tandis que je travaillais assidûment à ce livre, je savais que dans le même été, des artistes se penchaient sur lui comme des fées sur un berceau pour rendre sa naissance plus belle. J’ignorais quelle spécialité avait été choisie par chaque artiste. J’écrivais et je savais qu’à l’automne naissant je découvrirai en bloc toutes ces œuvres venant de Pierre Gangloff, Annie Greiner, Sylvie Lander, Bernard Latuner, Christophe Meyer, Pascal Henri Poirot, Jean Remlinger, Yves Siffer, Dan Steffan, France Siptrott, Raymond-Emile Waydelich et Anne Wicky.

J’attendais ce rendez-vous avec une joie mêlée de curiosité. Il eut lieu à la cave Jean Geiler d’Ingersheim qui nous accueillit pour le lancement du livre, et qui a fait entrer, par son directeur Pascal Keller, l’art contemporain dans le domaine vigneron. J’y retrouvais, avec Hubert Maetz, ces artistes, m’offrant leurs sourires et leurs créations, me parlant de leurs vies rythmées par des peintures à l’huile, à l’acrylique ou à la tempura, des sculptures, des peintures sous-verre ou des aquarelles, des expositions et des voyages. Et je vis leurs oeuvres, étalées sur plusieurs tables. J’aimais que ce livre, somme de plus de dix ans de travail, répercute cette énergie, mêlant des êtres, des saveurs, des formes et des couleurs.

Le photographe Frantisek Zvardon avait chargé son vieil appareil, un « Linhof », de fabrication munichoise, compagnon depuis vingt ans de sa vie de nomade : « Ne bougez pas », a t’il dit. Nous avons obtempéré, retenant nos fous rires alimentés par les clowneries de Raymond-Emile Waydelich. Puis nous nous remîmes en mouvement pour trinquer à cette coopération originale. L’ambiance était joyeuse et bon enfant. Ensuite chacun reprit sa route. Dans l’après-midi déclinante, les raies des vignes s’animaient de silhouettes et d’éclats de voix. Le lendemain, les vendanges allaient commencer.

Sür un siess, 500 recettes d’Alsace et d’ailleurs
La Nuée bleue
, 2006

ISBN : 978-2-7165-0673-1

468 pages

Livre cartonné
Tout en couleurs
Avec des illustrations réalisées par des artistes d’art contemporain

Notice bibliographique BnF

Simone Morgenthaler © 2015

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