Hôpital

Ne craque pas, mon hôpital !

Je viens du monde rural, qui n’aime pas beaucoup la complainte,  qui veut de l’action et une avancée coûte que coûte.

Depuis toujours,  je suis portée par un fol optimisme, pour me démener, pour aider les autres à ne pas aller vers la sinistrose et pour leur adoucir la vie dans ma mesure de mes moyens.

Mes amis qualifient cela parfois de “candeur”, allant même jusqu’à me traiter de “Bisounours”.

J’abonde donc rarement dans les constats réducteurs du “tout va mal” ou  du  “c’était bien mieux autrefois”.

Le monde est suffisamment écharpé, mis à cran par la fracture sociale, le communautarisme, la précarité croissante, la peur du terrorisme, etc,  pour que je ne contribue pas à mettre le feu aux poudres.

Et puis, il arrive que la vie vous donne un revers qui, soudain,  vous inflige d’ôter les oeillères.

Un récent souci de santé m’a ainsi fait côtoyer le monde des urgences et de l’hôpital.

Heureux ceux qui en sont préservés, ne cesse t’on de dire. Mais on n’en prend réellement conscience que lorsqu’on est confronté à l’adversité.

Lors de mes hospitalisations, j’ai lu sur les réseaux sociaux la phrase de la chanteuse Véronique Sanson, qui fait partie des 108 signataires de l’appel à Emmanuel Macron pour sauver l’hôpital public.

Monsieur Macron, écrivait-elle en substance, vous verrez ce qu’est l’hôpital si un jour vous êtes malade.

La phrase de Véronique Sanson était exactement celle que je ressentais. Le Président de la République est déconnecté de la réalité. Et sa phrase culpabilisante, “il ne faut pas de plaindre”, ne réduira en rien l’amertume. Elle accentue, au contraire,  le sentiment d’injustice et attise la colère.

Loin de moi l’idée de focaliser sur mon petit cas.

Je suis pleinement consciente qu’il existe des millions de situations plus dramatiques.

Mais j’ai de mes yeux vu le monde des urgences épuisé, proche du burn out (comme c’est déjà le cas à l’hôpital de Mulhouse).

J’ai vu la fatigue et la désespérance qui laminent le monde hospitalier, pourtant si bienveillant, qui voudrait réussir à accorder ce pourquoi il s’arc-boute  : le soulagement de la douleur, la guérison comme but à atteindre,  en apportant au passage un peu d’humanité.

Les personnels soignants (médecins, cadres de santé, infirmières et aides-soignantes) sont fatigués par le manque de temps et par  le manque de moyens. A force de tirer sur la corde, elle finira par rompre.

Comment cette lente dégradation a t’elle pu atteindre cette extrême sans que les gouvernements successifs aient eu un regard clairvoyant sur la réalité ?

J’ai connu l’hôpital de Strasbourg-Hautepierre à sa création.

J’étais fière d’y mettre mes deux enfants au monde dans les années 80. Je m’y rendais avec sérénité et joie. J’aimais la capacité d’empathie du monde soignant de ce fleuron du soin hospitalier. Le  classement 2019 du magazine Le Point place les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) à la 4ème place pour la 8ème année consécutive. Ce qui prouve que cet hôpital es ttoujorus dans la performance.

Comme hospitalisée, j’ai retrouvé un lieu malmené,  qui tente au mieux de juguler les manquements infligés par le gouvernement.

Lors de mon hospitalisation, je voyais chaque jour un autre interne, des jeunes il est vrai formidables, portés par la passion, qui y croient, qui courent entre les urgences et le service auquel ils sont affectés,  et qui veulent encore croire que la dégringolade peut être enrayée.

Je n’ai pas vu un seul médecin référent durant mon hospitalisation. Mais ceci est devenu la norme. Les visites matinales du chef de service, du médecin, de l’infirmière sont bel et bien révolues.  Ce qui n’est pas un reproche mais le constat que, acculé à régler le plus urgent, le monde médical ne peut plus accorder  au malade ce qui,  autrefois naturel, est considéré comme un “luxe” aujourd’hui.

J’ai eu affaire à des infirmières et des soignantes attentives et douces qui avouaient préférer travailler de nuit car elles pouvaient accorder la nuit aux malades ce qu’elles ne pouvaient plus le jour :  un peu temps,  de l’écoute et de l’humanité.

Dans cette période retorse, j’ai voulu à deux reprises faire intervenir le SAMU.

La première fois, un dimanche, j’attendis 1 heure et c’est finalement  un véhicule d’intervention d’urgence des pompiers qui vint, avec des bénévoles qui me révélèrent que, ce jour-là,  il n’y avait pas de SAMU disponible.

La 2e fois, épuisée par des épistaxis (des hémorragies nasales) à répétitions , après divers passages par les urgences et des cabinets  ORL,  je fus mise en contact téléphoniquement avec le médecin médiateur du SAMU, une femme agressive, culpabilisante, défenderesse acharnée de son pré carré,  dont l’unique but à atteindre était que je me rende à l’hôpital  par mes moyens pour économiser un déplacement du SAMU.

Elle m’invectivait,  dans un français incertain, me demandant sans cesse de justifier pourquoi je m’étais rendue à quelques reprises aux urgences et aux cabinets ORL par mes moyens , alors que là, je souhaitais qu’un véhicule du SAMU me cherche.

Au bout d’une dizaine de minutes de parlementations, elle me dit sur un ton autoritaire, des plus désagréables :

Madame, savez-vous que vous êtes en train de mobiliser la ligne d’urgence ?

D’avoir une lettre de recommandation d’un médecin-spécialiste et d’exprimer l’épuisement dans lequel je me trouvais, penchée sur l’évier,  en  hémorragie,  n’ont rien changé à sa détermination.

J’ai lâché prise. Un proche m’a conduite à l’hôpital pour y être hospitalisée.

Après 4 jours d’hémorragies,

Après  44 années de cotisations sociales, elles réglées sans discussion possible, car prélevées rubis sur ongle.

 

Photo © DR

 

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Simone Morgenthaler © 2015

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