Série « Mol m’r e Maerel »

Dessine-moi un conte
des contes illustrés par des enfants(1985 à 1986)

Gérard Heintz, pasteur et directeur des Editions Oberlin, investi de la fonction directeur des programmes de FR3 Alsace, me proposa au printemps 1985 de réfléchir à une série basée sur des contes et légendes. Il souhaitait que je mène ce projet avec Maurice Laugner, conseiller pédagogique en langue et culture régionales. L’idée était de proposer pendant un an, chaque soir avant le journal télévisé, du lundi au samedi, un épisode en 2 minutes d’une légende présentée une semaine en français, la semaine suivante en alsacien.

Je donnais mon accord, tout comme Maurice Laugner que j’avais parfois vu dans l’émission « Üss’m Schülersack » co-produite par l’Académie de Strasbourg réalisée par Lothaire Burg. Maurice en fut le premier présentateur durant la grille 1984-1985. Il sera ensuite relayé par Christian Winterhalter puis par Eric Sold.

« Mol m’r e Maerel », cela signifie « Dessine-moi un conte ». Les contes et légendes fleurissent en Alsace. Je choisis « la fée des larmes », « le sommelier de l’Arnsbourg », « l’orpailleur du Rhin », « le chevalier sans cœur du Haut-Barr », « la cloche d’argent de Gutzwiller », la poule qui pond des œufs d’or à Riedisheim » et « l’homme transformé en âne par des sorcières ». Maurice se pencha sur « la sorcière de Koestlach », « Maiele », « les nains de la grotte aux loups », « la soupe au mil des Zurichois », « la dame blanche du Haut Koenigsbourg », « le moine de Schwartzenbourg » et « Brigitte Schikin ».

Avec quel support illustrer ces légendes ? Nous avions l’intention de confier les différents textes d’une légende à des élèves d’une classe qui, sous l’égide du maître ou de la maîtresse, dessineraient différentes actions de chaque épisode. Nous contactâmes des directeurs d’école maternelles et primaires, enchantés de se prêter à cet exercice.

Nous rédigeâmes chaque légende en six épisodes de deux minutes, en français et en alsacien. L’enseignant, texte en main, guidait les enfants pour les dessins. Je me rendais régulièrement dans les classes de maternelle et de primaire, tout comme Maurice Laugner, à Gundershoffen, Bernardvillé, Heiligenstein et Reichsfeld, pour récolter les dessins. Je confiais ensuite ces dessins au réalisateur Alain Castanet. Il filmait les dessins, en faisait ce qu’on appelle des « bancs-titres », qu’il montait ensuite en musique avec notre récit en voix-off.

Cette série revêtait un caractère exceptionnel : elle était tournée en film, un support qui, en 1985, était presque totalement supplanté par la vidéo. Marie-Odile Coulet, reprit du service au montage-film. Ce qui n’était pas pour lui déplaire. Elle portait des gants en tissu blanc, activait la manivelle du film, coupait, collait, revenait en arrière, visionnait son travail dans ce ronronnement typique du montage film. La salle de montage dans laquelle elle travaillait faisait l’objet de visites : des curieux voulaient voir ou revoir comment on monte en film.

Alain Castanet, Toulousain avec l’accent, aimait ce retour vers la noblesse du film. Cela ne le dérangeait nullement de travailler avec un commentaire en alsacien, qu’il ne comprenait nullement. Il était très ouvert aux langues. « J’ai insisté pour tourner Schweyk en alsacien avec Jean-Pierre Schlagg, ça reste un moment fort pour moi« , disait-il. Ce travail sur les contes l’occupa pendant presque un an. « Je travaille sur « Mol m’r e Meuleuh » disait-il, incapable de prononcer le mot « Maerel ».En revenant d’un séjour dans les Pyrénées, je lui ai rendu visite à Toulouse dans les années 90.

Maurice Laugner devint maire d’Andlau en 1995 et prit sa retraite dans l’enseignement en 1997, mais resta plus actif que jamais. Il fit à partir de 1990 du « Mol m’r e Maerel » à grande échelle, avec effets pyrotechniques et moyens exponentiels comme auteur du « Rêve d’une nuit d’été », la saga qui mobilisait 1500 personnes du Val de Villé, le plus grand son et lumière de l’est de la France qui attirait chaque année, pendant 9 étés, autour de l’église Saint-Gilles à Saint-Pierre-Bois, plus de 30000 spectateurs.

Il a fait paraître en juin 2015 un livre juste et touchant sur son enfance à Dieffenthal. Le livre s’appelle « Un enfant d’Alsace » et il a paru aux éditions Jérôme Do Bentzinger. Faites ce voyage dans le temps, singulier et émouvant: vous en sortirez enrichi.

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Simone Morgenthaler © 2015

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