Comment le Palais du Rhin a failli être rasé

Strasbourg a sollicité en 2016  l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO de la Neustadt, cette extension urbaine réalisée à la fin du XIXe siècle. Et elle a obtenu ce classement. La nouvelle est tombée le 9 juillet 2017.

La  protection par l’UNESCO de cet ensemble situé entre le Palais du Rhin et le Palais universitaire n’est que justice tant il est esthétique.

Ce quartier impérial prussien fut construit  sous l’annexion de l’Alsace-Lorraine  de 1880 jusqu’à la première guerre mondiale.

Pour un travail de mémoire, il est important de se rappeler qu’en 1957, le Palais du Rhin  dit  Kaiserpalast,  joyau de la Neustadt, a failli être purement et simplement rasé,  sous le prétexte fallacieux de… regrouper des administrations.  Il a été sauvé in extremis grâce à la ténacité de quelques-uns, notamment des intellectuels et des artistes.

En quoi ce palais, œuvre monumentale, pouvait-il gêner ?

Il fallait en fait gommer un édifice qui rappelait la présence prussienne.

Le Reich, qui souhaitait faire de Strasbourg la capitale du nouveau Land d’Alsace-Lorraine, l’avait dotée des institutions liées à ce rang et l’avait érigée en modèle de l’urbanisme allemand. Ainsi est née la Neustadt.

Par une idée jacobine aussi stupide que celle d’interdire la langue après-guerre, de nettoyer nos cerveaux  en les francisant, il fallait permettre à notre regard de s’apaiser en ne se posant plus sur des chefs d’œuvres prussiens.

Les penseurs de la république n’ont pas un seul instant imaginé que nous étions de descendance alémanique, que notre âme était pétrie par neuf siècles d’appartenance au Saint Empire Romain Germanique et que nous voulions juste avoir le droit d’aimer ce terreau qui était notre socle.

Il valait mieux détruire,  alors qu’une once de grandeur d’âme et d’humanité aurait consisté à ne pas culpabiliser les Alsaciens pour leur double culture, mais, au contraire, à les encourager  à l’aimer,  afin qu’ils avancent, énergisés par le riche froment  de cette double culture.

Le préfet d’alors, André-Marie Trémeaud, fut chargé de mener à bien, au plus vite, cette destruction, aidé en cela par le maire de l’époque, Charles Altorffer, pourtant alsacien bon teint de Woerth, ayant exercé son sacerdoce dans des campagnes reculées. Comment ce pasteur devenu fonctionnaire et homme politique, si actif dans le domaine social, pouvait-il soutenir ce projet ? Simplement parce qu’il était francophile et germanophobe.

Il y eut, Dieu merci,  des voix qui s’élevèrent contre  cette destruction, en premier celle de Maurice Roche,  le secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, qui osa s’opposer à cette destruction quasiment acquise, d’autant  que le Palais du Rhin n’était alors pas un site classé et qu’il ne figurait pas à l’inventaire  des monuments historiques. Le préfet, furieux,  dessaisira son secrétaire général du dossier.

Mais d’autres voix opposées se firent entendre, essentiellement celles d’intellectuels, d’artistes, de conservateurs de musées. Charles-Gustave Stoskopf, l’architecte alsacien, Prix de Rome fils de Gustave Stospkopf l’artiste et écrivain, créateur du théâtre alsacien fit entendre sa voix. Hans Haug, l’historien d’art, s’y opposa aussi, tout comme Robert Heitz, le président de l’Association des artistes indépendants (AIDA),  et d’autres.

Mon père, sculpteur sur bois, reconnaissait en cette architecture une esthétique évidente notamment par l’élaboration des formes. Ce style peut ne pas plaire à tout le monde, mais,  de là à procéder à la destruction pure et simple de ce qui est aujourd’hui considéré comme un joyau de la Neustadt, il y a des pas que seuls peuvent franchir les esprits jacobins, avec toujours à la clef, mille arguments pour prouver qu’ils agissent pour le bien-être du citoyen.

Si la destruction avait eu lieu, je suis certaine qu’en 64 ans, pas une voix n’aurait reconnu une culpabilité pour l’erreur commise. Pas une conscience coupable n’aurait exprimé un regret, encore moins un acte de contrition.

 

Photo Wikiwand

 

 

 

 

 

 

 

 

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Simone Morgenthaler © 2015

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