FIN DE « SÜR UN SIESS »


Sur la photo ci-dessus, prise en juin 2005, figure Roland Mack, co-fondateur et directeur du parc d’attraction Europa-Park à Rust en Allemagne. Il fut le dernier invité de la grille en 2005 et Hubert Maetz, de l’Hostellerie du Rosenmeer, lui prépara un « sandre à l’européenne ».

Début 2008, dans la 13e année de la série Sür un Siess, les rumeurs circulaient depuis quelques mois quant à une suppression de l’émission. Le plus surprenant était que je fus une des dernières informées. Je l’ai appris 1er avril 2008 alors que l’équipe technique avait été informée par le réalisateur trois mois plus tôt. A mes questions posées à la direction, il fut répondu : « Il ne faut pas écouter les rumeurs ».

L’émission s’arrêta fin juin comme d’habitude, pour une interruption durant l’été, sans qu’il y ait annonce de sa suppression. Si bien que le public, qui, à la rentrée guettait la reprise de l’émission depuis 8 semaines, découvrit seulement fin octobre 2008 sa suppression par un article du journal L’Alsace. L’article d’Adrien Dentz mit le feu aux poudres.

Cet article incita Isabelle Baumann-Lenot, depuis New York, à lancer une pétition sur internet (lapetition.be) qui fédéra en moins d’un mois les commentaires passionnés et outrés de 4000 téléspectateurs. Les politiques montèrent au front, des motions en faveur de la reprise furent signées, notamment par le Conseil général du Bas-Rhin et celui du Haut-Rhin. Rien n’y fit.

Je vivais ce qui ne me semblait réservé qu’aux fictions : ceux qui m’avaient adulée durant des décennies, me lâchaient du jour au lendemain. J’eus à affronter les comportements pleutres et retors, les silences de ceux dont j’attendais un signe. De cette adversité, j’ai tiré de riches enseignements. J’ai surtout retenu l’affection et la fidélité sans faille du public, de ces milliers de personnes qui, sur trois générations, sortaient de leur anonymat de téléspectateurs pour me dire leur attachement.

De plus, la décision de la Cour d’appel de Colmar fut en ma faveur : mon avocat, Jean-Pierre Guichard, a obtenu un arrêt, le n° 1757/07 qui porte son nom et qui a ouvert une voie de jurisprudence qui permet désormais aux «cachetiers» d’être défendus et d’avoir des chances de sortir de leur précarité d’emploi. La condition de cachetier signifiait pour moi qu’après 30 ans de travail, de présence en toutes les grilles à la télévision régionale, j’avais la même sécurité d’emploi qu’une débutante, c’est-à-dire : aucune. Existe t’il des emplois où la période d’essai s’étale sur des décennies alors que l’on apporte les meilleures audiences à son employeur ?

J’espérais que de cette adversité germeraient à nouveau des soleils. L’envie d’être, de créer, de partager, était certes mise à mal, mais elle ne m’a jamais quittée. J’ai continué à être présente en radio, sur France Bleu Elsass, et je le suis toujours quotidiennement de 10h à 11h. Mon inspiration pour écrire des livres continua à être foisonnante. J’ai d’abord écrit dans l’urgence le livre dans lequel je racontais cette abracadabrante histoire. Il s’appelle « Adieu Sür un siess ?» et fut édité par Françoise Helluy aux Editions Le Verger.

La suppression de ce créneau plébiscité eut un effet que jamais je n’aurais imaginé : l’affection décuplée du public. Il n’est pas un jour qui passe depuis 2008 sans que l’on me pose cette question : « Mais quand reviendrez-vous à la télévision ? Nous attendons ! Vous nous manquez». Je n’aurais jamais pensé récolter un jour ces témoignages que me livre au quotidien, au fil de la vie et des rencontres, le public. J’ai exercé mon métier sans jamais penser à cette reconnaissance-là.

Mon aventure télévisuelle a duré longtemps : 32 années durant lesquelles j’ai travaillé dans un esprit de liberté, de respect pour la culture de ma région et pour ma langue maternelle. Je mesure la chance que j’ai eue d’exercer avec passion et rigueur ce métier difficile qui me permettait d’apporter de la joie et du délassement. La bienveillance que je perçois en vos regards, en vos mots, représente pour moi une belle récompense.

Vous trouverez plus d’informations

– sur l’émission « Sür un siess » dans le livre « Ces années-là… Mes souvenirs radio-télé » (La Nuée Bleue)

– sur «l’affaire Sür un siess» dans le livre « Adieu Sür un siess ? » (Le Verger Editeur).

– en cliquant sur ce lien de www.lapetition.be lancée par Isabelle Baumann sur le site La petition.be

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Simone Morgenthaler © 2015

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